DÉCLARATION D’OUVERTURE
DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION,
Me PIERRE
MARC JOHNSON
Le 30 septembre 2006,
le viaduc du boulevard de la Concorde à Laval s’effondrait.
Respects et hommages
Cinq personnes perdaient
alors la vie dans ce drame. Gilles Hamel, son frère Jean-Pierre et Sylvie
Beaudet, conjointe de Jean-Pierre. Également dans un autre véhicule,
Mathieu Goyette et sa conjointe Véronique Binette, alors enceinte, ont péri.
Les commissaires Roger
Nicolet et Armand Couture, ainsi que tout le personnel de la Commission se joignent
à moi pour renouveler nos plus sincères condoléances aux familles
des victimes. Nos pensées accompagnent particulièrement Yannick et
Mélanie, les enfants de Gilles, ainsi que Gabriel, le fils de Jean-Pierre
et Sylvie.
L’effondrement
du viaduc a également causé des blessures à six personnes qui
circulaient sur celui-ci : Claude Bastien, Louise Bédard et son conjoint,
Paul Cousineau, Anne Leblanc et son conjoint, Robert Hotte, ainsi que Mohamed Ashraff
Umerthambi. À chacun d’eux, nous souhaitons qu’ils puissent surmonter
promptement les séquelles provoquées par cet événement
tragique.
J’ai eu l’occasion,
il y a une dizaine de jours, de rencontrer les blessés et les parents des
victimes. Les uns et les autres souffrent à divers degrés de l’horreur
que leur inspire le rappel constant de cet événement et des conséquences
qu’il a eu sur leur vie. Et il faut se rappeler qu’aucune de ces personnes,
ni les victimes, n’ont quelque responsabilité que ce soit dans ce qui
s’est passé ce jour là. Notre Commission souhaite dédier,
très respectueusement, ses travaux à toutes ces personnes qui ont
été ainsi éprouvées.
Parlant de respect, j’aimerais
me tourner ici quelques instants vers les représentants des médias
qui couvriront nos audiences. Les personnes blessées et les proches des victimes
m’ont demandé si je pouvais leur éviter d’être encore
victimes, cette fois de la curiosité des médias. Je leur ai répondu
que je n’avais pas ce pouvoir, pas plus que toute autre personne que je connaisse.
Je leur ai donné l’assurance de vous transmettre leur souhait, à
vous journalistes, photographes et cameramen. Vous aurez certainement remarqué
les quelques sièges demeurés libres, là devant moi, à
ma gauche. Ces sièges leur sont réservés. Dans quelques instants,
ils y prendront place pour assister à la poursuite de nos travaux, maintenant
que les caméras, sauf celles de la Commission, ont quitté cette salle.
Mes deux collègues
se joignent à moi pour vous prier de respecter leur souhait à l’intérieur
de cette enceinte, tout comme quand ils la quitteront pour retourner chez eux. Je
suis convaincu que vous serez sensibles à leur situation.
Dans le même ordre
d’idées, je demande aux journalistes de ne pas interviewer les témoins,
ni de les solliciter pour qu’ils accordent des entrevues, tant et aussi longtemps
qu’ils n’auront pas comparu publiquement devant nous et qu’ils
n’auront pas conclu leur témoignage. Intervenir auprès des témoins
avant qu’ils n’aient terminé leur témoignage, est susceptible
de nuire à notre recherche de la vérité.
Vous expliquez souvent
que vos démarches sont motivées par le droit du public à l’information.
À cela, il n’y a rien à redire. Toutefois, le droit du public
à l’information, à toute l’information, ne sera pas mieux
servi si le témoignage de certains est médiatisé avant qu’il
ne soit entièrement rendu dans le cadre de nos audiences publiques. Car nous
devons être bel et bien à la recherche de la vérité et
non du spectacle. Je crois comprendre que devant d’autres commissions, vous
avez accepté de vous conformer à cette règle de retenue qui,
finalement, relève du gros bon sens. Je m’attends à ce qu’il
en soit de même devant la nôtre.
Notre démarche
se veut la plus transparente possible. Nos audiences sont publiques et ouvertes
à tous. Nous les rendons accessibles à ceux qui ne peuvent être
sur place en les diffusant en direct à partir de notre site Internet. Toutes
nos séances seront par la suite archivées sur le site et chacun pourra
y accéder à loisir. On y retrouvera aussi les transcriptions des témoignages,
de même que tous les documents mis en preuve. Tout cela est à la disposition
des représentants des médias évidemment. Les images et le son
captés par nos caméras sont aussi mis à la disposition des
médias électroniques qui voudront diffuser, en tout ou en partie,
les travaux de la Commission. Enfin, nous avons aménagé à l’intention
des journalistes des espaces pour faciliter leur tâche et je les assure de
la pleine collaboration du service des communications de la Commission.
J’apprends que
nos audiences seront diffusées en direct par des chaînes publiques
et privées, tout au moins pour la première semaine de nos travaux
qui a lieu ici à Laval. La semaine prochaine, nous nous transporterons dans
les locaux de tribunaux administratifs au centre-ville de Montréal. Je tiens
à remercier les diffuseurs de participer ainsi par leur décision à
notre engagement de transparence.
*
* *
Le 30 septembre dernier,
dans les secondes qui ont suivi l’effondrement, des citoyens se sont portés
au secours des blessés. Puis sont arrivés rapidement des ambulanciers
d’Urgences-santé, des agents de la Sûreté du Québec,
des policiers de la ville de Laval, des représentants du ministère
des Transports du Québec et des équipes de travailleurs qui ont dégagé
les victimes. Pour certains, cela durera jour et nuit.
Les intervenants sur
le site se sont mis à risque à cause de l’instabilité
de la structure restante. Ils ont manifesté du courage et de la bravoure.
Les commissaires et moi tenons à leur dire à chacun toute notre admiration
et notre reconnaissance.
Enfin, je ne peux passer
sous silence le travail exceptionnel accompli par les médecins, les infirmières
et l’ensemble du personnel soignant de l’Hôpital Sacré-Cœur
et de l’Hôpital Jean-Talon où ont été conduits
les blessés.
Constitution
de la Commission et début des travaux
Le 3 octobre 2006, le
Conseil des ministres, donnant suite à la volonté du Premier Ministre
du Québec, a institué la Commission d’enquête sur l’effondrement
partiel du viaduc de la Concorde à Laval. Il lui donnait alors le mandat
de déterminer les circonstances et les causes de l’effondrement et
de formuler des recommandations afin que de tels événements ne se
reproduisent plus, dans un rapport à déposer au plus tard le 31 mars
2007.
Le décret me nommant
à la présidence de cette Commission m’adjoignait messieurs Armand
Couture et Roger Nicolet comme commissaires. Ces deux hommes, ingénieurs
de leur profession, ont activement participé, depuis la Révolution
Tranquille, à plusieurs des grands chantiers du Québec : l’autoroute
Ville-Marie, la Place Ville-Marie, le pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, les
barrages de la Baie James. En plus de faire leur marque ici et à l’étranger,
ils ont aussi fait leur marque dans des fonctions d’état à Hydro-Québec,
à l’Ordre des ingénieurs et dans diverses commissions créées
par les gouvernements. Ils possèdent une vaste expérience sans laquelle
cette Commission ne pourrait accomplir aussi bien son mandat. Je désire les
remercier personnellement pour leur contribution respective, ainsi que pour leur
patience à mon égard, moi qui ne suis pas ingénieur.
Je souligne également
que nous avons demandé et obtenu, dès la première semaine de
février, que notre mandat soit prolongé au 15 octobre 2007 pour des
raisons liées au retard mis par les experts à remplir leurs divers
mandats et rapports, ceci pour des raisons tout à fait explicables et sur
lesquelles nous reviendrons plus loin.
Dès l’adoption
du décret initial de l’automne dernier, messieurs Couture, Nicolet
et moi-même avons entrepris de structurer la Commission. Nous avons recruté
un directeur technique, Me Michel Lemoine, qui est à la fois ingénieur
et juriste. Nous avons choisi un avocat à la feuille de route exceptionnelle
en matière de commissions d’enquête, Me Michel Décary,
comme procureur-chef de la Commission, ainsi qu’un administrateur d’expérience
au gouvernement et au service de commissions d’enquête, monsieur Julien
Lemieux.
Cette structure embryonnaire
nous a permis de lancer très rapidement les travaux de la Commission. Puis
sont venus s’ajouter plusieurs autres collaborateurs, dont un coordonateur
des expertises, monsieur Paul Croteau, ingénieur et Ph.D. en génie
des structures de l’université de Californie à Berkeley, un
procureur adjoint, Me Marie Cossette, sortant quelques mois auparavant des travaux
de la Commission Gomery et un secrétaire, Me Nicole Trudeau, qui a l’expérience
de commissions comme la nôtre.
Les travaux de la Commission
ont débuté en étroite collaboration avec la Sûreté
du Québec, gardienne du site de l’effondrement. Les agents de la Sûreté
du Québec chargés de l’enquête ont accompli un travail
de grande qualité, documentant d’une façon exceptionnelle les
circonstances de l’effondrement. Dans le cadre de son enquête, la Sûreté
du Québec s’est adjointe les services de messieurs Jacques Marchand
et Denis Mitchell, tous deux ingénieurs et Ph.D. Le premier est un expert
en matériaux dans le domaine du béton. Le second est un expert en
analyse des structures de béton et de leur comportement sous charge. L’un
et l’autre possèdent des compétences exceptionnelles dans leur
domaine respectif, compétences qui leur valent une renommée dépassant
très largement les frontières du Québec. La Commission a rapidement
constaté que ces deux experts avaient une expérience dont elle ne
pouvait ni ne voulait se passer. Elle a donc fait de nombreuses démarches
pour s’assurer que messieurs Marchand et Mitchell puissent être retenus
comme experts de la Commission, tout en continuant des travaux pour la Sûreté
du Québec.
Mes collègues
et moi nous sommes rendus sur les lieux de l’effondrement dès le 5
octobre 2006. Aussitôt, nous avons défini et commencé à
mettre en œuvre un programme de conservation de la preuve qui s’est
déployé sur deux semaines. Ce programme commandait, pour fins d’observations
visuelles directes, la réalisation de fenêtres dans la structure du
viaduc de la Concorde et dans celle de son jumeau, le viaduc de Blois. Il comprenait
également la prise de carottes de béton pour en analyser la qualité,
ainsi que diverses mesures d’arpentage. Des instruments à la fine pointe
de la technologie ont également été utilisés pour localiser
l’acier d’armature dans les massifs de béton et pour constater
la présence de possibles fissures dans les viaducs de la Concorde et de Blois.
Ils ont ensuite été remis au ministère des Transports qui les
a démantelés pour permettre, en toute sécurité, la reprise
la plus rapide possible de la circulation sur l’autoroute 19.
Plan de travail :
conception, construction, utilisation de l’ouvrage et rôle des intervenants
Parallèlement
à la réalisation du programme de conservation de la preuve, nous avons
élaboré un plan de travail devant régir les activités
de la Commission. Nous avons découpé la vie du viaduc de la Concorde
en trois périodes essentielles qui nous apparaissaient devoir être
soumises à notre examen : la conception de l’ouvrage, sa constructionet
son utilisation jusqu’au moment de son effondrement.
La construction du viaduc
de la Concorde s’inscrit dans le développement des grands axes autoroutiers
de la ville de Laval durant les années 1960. L'appréciation de ce
contexte nous permettra, au fil des témoignages, de mieux comprendre les
pratiques de l'époque et le cadre contractuel et réglementaire qui
régissait ces grands projets.
La Commission se penchera donc d’abord
sur ce qui a présidé au choix, à l’époque, de
ce type de structure : un pont constitué de culées en porte-à-faux
au-dessus de l'autoroute, au bout desquelles vient s'appuyer la travée centrale.
Nous apprécierons aussi les normes en vigueur au moment de sa conception.
Nous examinerons également
toute la phase de construction du viaduc de la Concorde. Cela signifie l’examen
de ce qui s’est passé sur le chantier, notamment la conformité
de l’exécution des travaux avec les plans et devis, la qualité
et la quantité des matériaux utilisés, leur vérification,
la surveillance et les mesures prises pour permettre l’avancement des travaux.
Enfin, les travaux de
la Commission porteront sur les quelque trente-cinq années durant lesquelles
les citoyens ont circulé sur et sous le viaduc de la Concorde. Cela veut
dire que nous allons passer en revue tout l’environnement de l’ouvrage.
Nous allons, par exemple, analyser les divers phénomènes naturels
auxquels l’ouvrage a été soumis au cours des ans, tels que les
intempéries, les cycles de gel et de dégel et les secousses sismiques.
Nous évaluerons les charges appliquées au viaduc pendant ses quelque
quatre décennies de vie, c’est-à-dire évaluer l’impact
de l’augmentation de la circulation, tant en termes qualitatifs que quantitatifs.
Nous allons évidemment nous pencher sur les programmes d’entretien
usuel de l’ouvrage, dont le déneigement et l’utilisation de sels
de déglaçage, sur les programmes d’inspection périodique,
de même que sur les diverses interventions de réparation de routine
ou autres réalisées sur le viaduc de la Concorde.
En plus des activités
de conception, de construction et de surveillance des travaux, d’entretien,
d’inspection, de signalement et de réparation de l’ouvrage, nous
nous intéresserons aux rôles et responsabilités des divers intervenants :
les ingénieurs-conseils qui ont conçu le viaduc, les ingénieurs
du ministère des Transports (qui s’appelait à l’époque
le ministère de la Voirie), les surveillants lors de la construction, les
entrepreneurs, les sous-traitants, les fournisseurs de matériaux, les ingénieurs
et techniciens du ministère des Transports durant la vie de l’ouvrage
et les fonctionnaires de ce même Ministère au nombre desquels se trouvent
les patrouilleurs routiers. L’étude du rôle et des responsabilités
de chacun de ces intervenants permettra à la Commission d’évaluer
la qualité et la pertinence des systèmes actuels de surveillance et
d’inspection dont l’objectif premier doit être d’assurer
la sécurité du public.
Déroulement
des travaux
La Commission a été mandatée
pour :
1.
Enquêter
sur les circonstances de l’effondrement, le 30 septembre 2006, d’une
partie du viaduc du boulevard de la Concorde sur l’autoroute 19 à Laval
;
2.
Déterminer
les causes qui ont entraîné cet effondrement ;
3.
Faire des
recommandations au gouvernement sur les mesures à prendre afin d’éviter
que de tels événements ne se reproduisent.
Pour remplir les deux
premiers volets de son mandat, la Commission tient à compter d’aujourd’hui
des audiences publiques et entendra la preuve jusqu’à la mi-juin.
Dans un premier temps,
des témoins oculaires nous feront part de ce qu’ils ont observé,
ou ont souvenir d’avoir observé, dans les heures et les minutes qui
ont précédé l’effondrement et au moment de la tragédie,
ainsi que les interventions qui ont immédiatement précédé
et suivi l’effondrement.
Nous entendrons des représentants
de la Sûreté du Québec, gardienne du site après l’effondrement
et responsable de l’entreposage et de la surveillance des débris sujets
à analyse par la Commission. Ils nous présenteront un volumineux dossier
photographique touchant le viaduc effondré, les diverses expertises qui y
ont été pratiquées ainsi que l’ensemble des éléments
de preuve conservés à la demande de la Commission
Nous recevrons par la
suite une présentation, appuyée par un support informatique performant,
qui permettra à chacun de se familiariser avec le vocabulaire et les concepts
qui seront utilisés au cours des témoignages dont le contenu sera
très souvent technique.
Viendront ensuite une
série de témoignages sur la conception, la réalisation et la
vie de l’ouvrage, ainsi que sur les systèmes d’inspection, de
signalement et d’intervention visant à assurer la sécurité
du public.
Finalement, la Commission
entendra de nombreux experts qui feront état de leurs travaux des derniers
mois sur divers sujets, notamment sur les normes en vigueur à l’époque
de la conception du viaduc, sur la conformité des travaux de construction
par rapport aux plans et devis préparés par les ingénieurs
concepteurs, sur certaines interventions de réparation réalisées
au cours des années et sur d’autres éléments reliés
à l’entretien de l’ouvrage. Afin de bien comprendre le mécanisme
de l'effondrement, la Commission a mandaté ses experts afin qu’ils
le simulent, tant par méthode analytique que par des essais sur une réplique
à échelle réduite.
Lors de ces audiences,
les parties intéressées ayant le statut de participant, dont le ministère
des Transports du Québec, auront l’occasion de faire entendre leurs
témoins et leurs experts. Quant aux détenteurs du statut d’intervenant,
ils recevront les documents de preuve partagés entre procureurs et pourront,
avec la permission de la Commission, présenter des observations verbales.
Les audiences nous donneront également l’occasion d’entendre
les responsables du ministère des Transports nous faire part des pratiques
actuelles en matière d’inspection, d’entretien et de réparation
des ponts et viaducs du Québec.
Quant au troisième
volet du mandat, celui des recommandations, il amènera la Commission à
se renseigner par divers moyens, y compris par une recension de la littérature
pertinente, sur différents aspects des systèmes de gestion en matière
de ponts et viaducs, ici et ailleurs au Canada et aux États-Unis. Cela nous
permettra de comparer, sous divers rapports, les pratiques actuelles du ministère
des Transports en matière de conception, de construction, d’inspection,
de signalement et d’entretien des ouvrages. À partir de l’ensemble
de nos travaux et recherches, nous pourrons alors faire des recommandations au gouvernement
afin que ne se reproduisent pas des événements comme celui du viaduc
de la Concorde.
*
* *
Depuis le 30 septembre
2006, les spéculations sont allées bon train quant aux causes de l’effondrement
du viaduc. Certains pourront être tentés d’identifier hâtivement
les causes de l’effondrement à partir de matériel photographique,
de vidéos ou d’autres documents qui ont circulé, qui seront
évoqués ou qui seront déposés en preuve au cours de
nos premières audiences. J’invite instamment tous et chacun à
la plus grande des prudences afin de ne pas conclure de façon erronée,
faute d’avoir entendu l’ensemble de la preuve.
Nous tenterons de mettre
un terme à toutes les supputations en apportant, nous l’espérons,
une explication définitive de l’effondrement. Nous allons nous y attarder
pendant les semaines à venir, à la vue de tous.
Nous amorçons
aujourd’hui des audiences publiques qui seront largement diffusées.
Nous les avons préparées avec des efforts considérables pour
qu’elles permettent à nos concitoyens d’entendre des témoignages
et des expertises qui, nous l’espérons, viendront jeter de la lumière
sur les causes de l’effondrement.
Entre le 5 octobre 2006,
date de notre première réunion à titre de commissaires, et
aujourd’hui, mes collègues et moi avons tenu trente-deux réunions
formelles au cours desquelles nous avons pris un ensemble de décisions visant
à assurer la réalisation du plan de travail élaboré
dès les premiers jours de la Commission. Outre ces réunions formelles,
nous avons eu d’innombrables échanges en préparation d’autres
rencontres tout aussi nombreuses entre différentes personnes au service de
la Commission. Pour nous permettre de prendre des décisions éclairées,
nous avons pu compter sur le travail de grande qualité de nos équipes
juridique et technique.
L’équipe
juridique, sous la direction de Me Michel Décary, a accompli un travail de
préparation qui s’est avéré extrêmement long parce
que l’ouvrage effondré a été conçu et construit
il y a plus de trente-cinq ans. Pour retrouver la documentation et identifier les
personnes et sociétés qui représentaient un intérêt
pour la bonne conduite de notre enquête, il fallait être systématique,
patient et persévérant. Parfois, il aura fallu être carrément
chanceux pour retrouver des acteurs de l’époque.
Pour sa part, l’équipe
technique, sous la direction de Me Michel Lemoine, a participé à la
mise en place et à l’exécution du programme de conservation
de la preuve. Elle a aussi contribué de façon fondamentale à
l’élaboration des mandats octroyés aux divers experts retenus
par la Commission. Elle a fait le lien entre ces experts et la Commission dans l’accomplissement
des tâches découlant de leurs divers mandats et elle a joué
le rôle de conseiller auprès des commissaires sur des enjeux techniques
d’importance. Elle a dû se livrer à un exercice difficile d’identification
de la documentation pertinente à notre enquête.
On me permettra ici de
souligner le dévouement constant du personnel administratif de la Commission
qui accomplit dans la plus grande des discrétions, des tâches essentielles
au bon fonctionnement de la Commission.
La nature d’une
Commission d’enquête
Il faut rappeler qu’une
Commission d’enquête comme la nôtre n’est pas un tribunal
et que son rôle n’est pas d’attribuer une responsabilité
civile ou criminelle à une personne en particulier. La Commission en laisse
le soin à des forums plus appropriés.
Je m’adresse encore
une fois ici aux journalistes qui suivront nos travaux et qui ont la responsabilité
d’aider la population à bien comprendre ce qui se passe et ce qui se
passera en cette enceinte. Je les invite, s’ils ne l’ont déjà
fait, à bien lire la
Loi sur les commissions d’enquête, qui définit l’étendue
et les limites des pouvoirs d’une commission comme la nôtre et qui décrit
les prérogatives de ses commissaires. Je les invite aussi à feuilleter
la décision de la
Cour Suprême du Canada concernant la Commission d’enquête présidée
par l’honorable juge Horace Krever. Cet arrêt décrit
fort bien, encore une fois, les pouvoirs et les limites d’une commission d’enquête.
D’entrée
de jeu, il faut qu’une chose soit très claire. Notre mandat est de
décrire les faits et de découvrir la vérité. Nous nous
attarderons certes aux activités de certaines personnes et nous décrirons
les faits dans notre rapport. C’est précisément le rôle
de la Commission de décrire des faits, de découvrir la vérité
et de proposer une interprétation raisonnable de ce qui est arrivé.
Elle doit aussi tenter d’en tirer des leçons pour l’avenir.
Les audiences publiques
tenues par les commissions d’enquête ont entre autres pour mission de
faciliter à un large public le constat d’enjeux souvent complexes et
de permettre la compréhension de choses qui peuvent apparaître incompréhensibles.
Ce processus public permet aussi de mettre la table pour que soient proposées
des solutions. Dans le cas qui nous occupe, nous savons tous qu’il n’est
ni normal ni acceptable qu’un pont s’effondre comme ce fut le cas le
30 septembre 2006. Nous avons à découvrir pourquoi cela s’est
produit et nous avons la responsabilité de faire des recommandations pour
que cela ne se reproduise pas.
La catastrophe du 30
septembre 2006 a un caractère tout à fait exceptionnel, car les effondrements
de ponts surviennent en général en cours de construction, ce qui fut
le cas du viaduc du Souvenir il y a quelques années ici même à
Laval.
Le gouvernement, dans
sa prérogative, a choisi d’instituer une commission d’enquête
plutôt que de demander au bureau du Coroner de procéder à une
enquête élargie comme celle tenue pour le viaduc du Souvenir.
Il y a des similitudes
entre une enquête du coroner et une enquête spécifiquement instituée
par le gouvernement sur un objet précis comme le nôtre. Une commission
d’enquête se distingue toutefois par l’autonomie administrative
dont elle dispose et un accès à des ressources humaines, matérielles
et techniques qui sont sous sa propre autorité. Elle peut donc ainsi s’acquitter
de son mandat avec une très grande liberté qui peut l’amener
à élargir l’éventail des préoccupations sur lesquelles
elle fait porter ses travaux et ce, sans devoir s’attarder à d’autres
responsabilités que l’objet pour lequel elle est mandatée.
Nous avons dû,
comme toutes les commissions instituées par le Conseil des ministres, mettre
en place une équipe administrative autonome, louer des locaux et des équipements,
nous doter de systèmes informatiques et de diffusion, embaucher des dizaines
de personnes dans les secteurs que j’ai décrits il y a quelques minutes.
Notre Commission a dû
faire l’étude minutieuse de près de quarante ans de vie du viaduc
de la Concorde, depuis les premiers moments de sa conception jusqu’à
l’analyse méticuleuse de ses débris après l’effondrement.
L’équipe
juridique de la Commission a été saisie de plus de 3 200 documents
représentant plus de 26 mille pages. Ces pages ont été parcourues,
analysées, une à une, par les équipes technique et juridique,
conjointement, qui ont échangé entre elles à l’occasion
de centaines de communications, en plus des entrevues préalables de dizaines
de personnes en préparation des audiences.
Cela représente
à ce jour plus de 8 500 heures travaillées par différents
membres du personnel technique de la Commission et groupes d’experts, auxquelles
il faut ajouter quelques 4 200 heures apportées par les experts au service
de la Sureté du Québec.
Tout cela comporte un
coût pour les contribuables. Nous croyons que ce travail était requis
pour arriver là ou nous en sommes, qu’il permettra au public de mieux
comprendre avec nous les causes de l’effondrement du viaduc et qu’il
facilitera la formulation de recommandations sur les mesures à prendre afin
d’éviter que des événements tels que celui du 30 septembre
2006 ne se reproduisent.
La Commission fera certainement des
recommandations au gouvernement. Si de telles recommandations s’avèrent
essentielles quant aux systèmes liés à la sécurité
publique en matière de ponts et viaducs, la Commission aura le souci de les
exprimer en termes opérationnels pour qu’elles soient rapidement prises
en compte dans les mesures à mettre en place par les autorités.
Les résultats
de nos recherches et de nos analyses feront l’objet, entre nous, de discussions
approfondies avant de prendre la forme des recommandations qu’on nous demande
de formuler. Ce processus de réflexion, de par sa nature même, exige
du temps. Nous l’avons amorcé et continuerons pendant comme après
les audiences publiques.
Nous souhaitons que les
travaux de la Commission d’enquête sur l’effondrement partiel
du viaduc de la Concorde à Laval permettront à nos concitoyens de
retrouver confiance à l’égard de leur sécurité
quand ils circuleront sur ou sous les ponts et viaducs au Québec.